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 Touchantes (le 20/05/2006 à 17h00)

Quand le soleil se lèvera, quand les nuages disparaîtront, quand la peur n’existera plus, après tout ce temps alors il se lèvera pour chercher sa bien-aimée, alors il se réveillera de son sommeil millénaire, alors il parcourra l’univers à la recherche de Gaia la Bien Aimée. Mais après tout ce temps, après son long repos, après le règne des hommes, il la cherchera en vain. Gaia la Nourricière aura alors été tuée par son fils, elle qui donne la vie, elle dont l’amour suffit à faire revenir les morts, elle qui porte l’univers, elle a accouché d’un monstre. Celui-ci même qui tua sa propre mère. Il tua l’Amour, l’Amitié, la Bienveillance, il déchaîna le Désir, la Haine, la Jalousie.

Quand tout ceci sera passé, quand tout ceci sera oublié, quand l’heure sera venue, alors il sortira de son sommeil millénaire et alors après avoir cherché en vain, il comprendra, et il se couchera et pleurera, il maudira les hommes et leur humanité bafouée, il maudira les Puissances qui les ont laissés faire, puis il se laissera mourir et l’Univers prendra fin.

  

Ah ! Quel bonheur de se réveiller à côté d’elle ! Sentir son parfum, sa peau, ses cheveux ! Son souffle doux qui fait se soulever son magnifique corps, régulier et sans imperfection ! La création divine désirable par tout homme. La perfection divine. Sa peau douce et parfumée vous fait rêver et vous endort calmement. On ne peut faire de cauchemars à ses côtés ; que de rêves magnifiques ! Hauts en couleurs et en beauté inégalable et impossible.

Sa présence vous rassure, comment avoir peur ici ? Comment ne pas aimer et sentir sa bienveillance ? Son amour intarissable. Son amour vous rend immortel.

Il se souvient s’être endormi à ses côtés, que de rêves magnifiques ! Mais déjà il sent qu’il va se réveiller. Ah !, se moment juste avant de se réveiller !

Ça y est, il s’est réveillé. Il la regarde, mais elle ne bouge pas. Il s’affole, et la secoue. Elle reste immobile : elle est morte pendant la nuit.

Après s’être laissé pleurer, il mourra de chagrin.

  

Ça a été le coup de foudre, dès le premier regard ils se sont aimés. Depuis ce jour ils ne se quittent plus, ils passent leurs journées à se regarder, à se féliciter. Chacun admire l’autre mais sans aucune jalousie. Ils se sentent si parfaits, si heureux. Ils pensent avoir pour la première fois atteint la félicité totale, il n’y a plus aucun sentiment mis à part l’Amour, le sentiment originel. Celui du quel est né la vie.

Un jour qu’ils se regardent, elle sent que quelque chose ne va pas. Il a le regard différent. Elle lui demande ce qui se passe. Sans répondre, il se lève doucement et s’approche d’elle. Elle ne fait pas un geste, elle attend patiemment la suite. Alors, il la frappe et la frappe, avec ses pieds, avec ses poings jusqu’à ce qu’il soit épuisé. Il crie en même temps, alors qu’elle, ne dit rien. Puis quand le corps disloqué de sa bien-aimée gît sans vie à côté de lui il s’assoit à terre et pleure. Il pleure puis doucement relève la tête et se met à sourire. Il se met à sourire puis se met à rire.

  

Il jouait tous les dimanches avec son grand-père. Ils s’adoraient et ne s’ennuyaient jamais quand ils étaient ensemble. Ils arrivaient toujours à inventer de nouveaux jeux chaque semaine. Aujourd’hui ils jouent au ballon, dans le jardin qui donne sur la route. Le grand-père devait marquer un but entre les deux poteaux de la barrière. Ils jouent déjà depuis une bonne heure quand la mère du garçon les appelle pour aller manger. Ce dernier demande un dernier tir à son grand-père avant de rentrer. Évidemment, il accepte ! Comment refuser, un dernier tir à ce si jeune garçon qui a fait son bonheur, après la mort de sa femme ?

Il tire. Un peu plus fort que d’habitude pour amuser le gamin. Le ballon passe la barrière et s’arrête de l’autre côté de la route. Il crie à l’enfant de ne pas aller le chercher, mais il est déjà parti en courant.

Le gamin entend un grand coup de klaxon et les cris de son grand-père derrière lui mais il continue à courir ; il est si prêt du ballon !

Le camion n’a pas le temps de freiner et l’enfant est broyé sous les roues. Le grand-père impuissant tombe à genou et se met doucement à pleurer.

 

Ça y est ! Elle peut enfin rentrer chez elle après son accouchement et deux semaines passées dans la chambre vide pour les derniers examens. Son mari est venu la chercher ce matin et ils sont maintenant dans leur salon. Ils regardent tranquillement la télé. Elle semble dans un état second, un état d’euphorie qui l’empêche de réfléchir. Elle pense à son bébé, elle pense à son mari, elle pense à son amour.

Elle se lève enfin pour préparer le repas. Elle essaie de faire quelque chose de spécial pour leur première soirée en famille avec le bébé depuis l’accouchement. Elle commence à mettre la table et soudain s’arrête et devient livide. Elle se retourne et court à l’étage. Elle entre dans la salle de bain.

Son mari accourt en entendant les hurlements de sa femme. Il la voit leur bébé trempé dans les bras en train de le bercer. Elle lui avait fait prendre un bain et l’a oublié dans la baignoire. Il iront le lendemain déclarer la mort de leur enfant par noyade.

 

Ils étaient jumeaux et auraient pu mourir l’un pour l’autre. Pourtant, ils se ressemblaient seulement physiquement. L’un était doux, aimant et attentionné envers sa famille et ses amis, tandis que l’autre était d’un caractère instable et individualiste. Il n’aimait d’autre compagnie que celle de son frère et quand il se mettait en colère seul ce dernier arrivait à le calmer. Sans lui il serait sûrement tombé dans la dépression ; son frère était son seul moyen de tenir. Il lui arrivait souvent de partir se promener en solitaire sans prévenir personne, même pas son frère ; comme aujourd’hui. Son frère qui vient de se rendre compte de son absence se dit qu’il va bientôt revenir comme il le fait d’habitude. Seulement depuis ce matin il a un mauvais pressentiment et décide d’aller le chercher. Il arrive près de rails quand il l’aperçoit enfin de l’autre côté. Il se presse sentant un danger de plus en plus imminent. Il se met à traverser les rails le plus vite possible pour rejoindre son frère.

Tiens, d’ailleurs celui-ci qui vient de le voir lui fait de grands signes avec les mains. Il cri aussi, mais impossible d’entendre quoi que ce soit à cause de se pressentiment qui obnubile son esprit et ses sens. Et tout d’un coup le noir.

On n’en retrouva jamais tous les morceaux du corps parce que le train mit un certain temps à s’arrêter, traînant le corps sur toute la longueur des rails.

 

Il avait depuis le matin le sentiment d’oublier quelque chose d’important ; quelque chose qu’il aurait dû se rappeler. Il n’y fit pas trop attention et il se mit à regarder une émission à la télé. Une émission sans intérêt d’ailleurs, mais il fallait bien passer le temps. En plus, le téléphone n’arrêtait pas de sonner depuis au moins une heure, mais il avait l’habitude de ne pas se laisser déranger. Il l’ignora.

Et tout d'un coup, il se rappela qu’il devait aller quelque part, sans savoir où. Un vague souvenir de promesse.

Il continua de regarder la télé jusqu'à tard dans la matinée avant de se faire à manger. Mais il ne put rien avaler : sans savoir pourquoi il avait une sorte de malaise qui lui serrait l’estomac. Il décidé ensuite d’aller réveiller son frère qui avait l’habitude de faire des grasses matinées. Il frappa à la porte de la chambre et n’obtenant aucune réponse il entra. Après quelques secondes de compréhension, il s’évanouit.

On apprendra le lendemain dans le journal qu’un homme avait laissé mourir son jeune frère, en attente d’une greffe de moelle osseuse qui devait lui être fournie par son aîné en début de matinée.

 

Qu’est-ce qu’il était mignon ce petit chat ! Il avait à peine deux semaines mais le gamin l’emmenait déjà avec lui quand il allait se promener dans le parc. Le chat était très joueur et ne partait jamais très loin.

Aujourd’hui il n’est pas seul dans le bac à sable, il y a des plus grands que lui qui jouent à se lancer des cailloux. Ils sont au moins deux fois plus vieux que lui. Il ne les aime pas. Ils semblent éprouver du plaisir et de la satisfaction à faire du mal, à se faire du mal. Lui il préfère jouer avec son chat. Il est si petit et si mignon ! Il tient dans sa paume ouverte.

Mais tout d’un coup les autres le remarquent et après s’être concertés ils se rapprochent de lui sans qu’il les voie. Les deux premiers lui attrapent les épaules et le tiennent solidement. Il ne touche même plus le sol. Le plus grand des trois lui prend le chat des mains et le caresse doucement. Après l’avoir posé par terre, il parle au gamin mais ce dernier est trop occupé à crier pour faire attention à ce que dit son agresseur. L’adolescent mécontent qu’on ne l’écoute pas baisse doucement les yeux vers le chat qui n’a pas bougé, paralysé par la peur.

Il lève la jambe et marche dessus en tournant le pied. Ils reposent le gamin et repartent en marchant.

 

Ils étaient frères et ne s’étaient jamais disputés pour quoi que ce soit. Ils étaient tout le temps d’accord et ne se contredisaient jamais. Quand ils jouaient, c’était toujours ensemble. Ils jouaient souvent à se battre mais c’étaient des garçons après tout. Leurs parents étaient fiers d’eux. Ils n’avaient jamais eu le moindre problème avec eux, que ce soit au niveau de l’école – ou ils étaient toujours les premiers – ou au niveau de la discipline – ou ils étaient exemplaires, à part leurs jeux que leurs parents redoutaient. Mais s’ils s’amusaient à la bagarre, ça n’allait jamais très loin ; il n’y avait jamais eu d’accident.

Aujourd’hui encore ils jouent. Ils ont chacun un bout de l’escalier et ils doivent réussir à passer dans la partie adverse. Ils s’élancent donc et commencent par s’attraper et se pousser jusqu’ à ce que l’un d’entre eux réussisse à pousser plus fort que l’autre et à envoyer son adversaire au bas des escaliers. Il court sur le palier et se met à sauter de joie et à crier sa victoire. Puis il se retourne et voit son frère la nuque brisée au bas des escaliers.

  

Elle courait dans la forêt à la recherche de ce qu’on lui avait demandé. Elle doit faire tout ce qu’on lui a demandé. Ils tiennent son bébé en otage et le relâcheront que si elle fait tout ce qu’ils disent. Elle court donc à la recherche de ce qui va lui permettre de revoir son fils. Et tout d'un coup, elle arrive dans une ville.

L’enfant était heureux de marcher seul, il était encore très jeune et pour une fois sa maman lui avait permit de rentrer seul malgré que la nuit était tombée depuis peu. Il connaissait le chemin par cœur pour l’avoir fait des centaines de fois avec sa mère, et aujourd’hui il est assez grand pour le faire tout seul !

Voilà qui allait lui permettre de retrouver son fils ! Ils veulent un jeune garçon, mais pas entier, juste la peau. Elle lui saute dessus et commença à lui arracher la peau. Il ne cria pas longtemps. Elle pensait avoir rempli sa part du marché mais les voix dans sa tête ne reviennent pas pour lui rendre son fils. Il faudra donc qu’elle recommence.

Deux articles sans aucun rapport dans un journal du lendemain matin : - L’asile d’aliénés mentaux signale la disparition d’une de leur patiente. “Cette dernière n’est pas dangereuse” nous informe le directeur, elle est juste convaincu d’avoir perdu son unique enfant.

- La disparition inexpliquée d’un jeune garçon ayant été vu pour la dernière fois par ses camarades à la sortie de l’école. Il n’avait pas six ans. L’enquête penche pour la fugue.

 

Encore une journée ici ! Dieu comme j’en ai marre de cette prison. Si j’avais pu leur échapper à temps je ne serais pas enfermé ici seul. Et ces cris toutes les nuits ! Dieu que j’ai peur. Je ne les vois jamais, ils me nourrissent par cette fente en bas de la porte en faisant passer un grand plateau métallique. D'ailleurs, je n’ai plus vu personne depuis longtemps. Je me souviens de moins en moins de ma vie passée : juste quelques bribes. Je revois ma famille tuée par un homme complètement fou. Je crois qu’il a été arrêté d’ailleurs et enfermé dans un asile de fous. Bien fait pour lui. Mais pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter d’être enfermé de la sorte sans aucune compagnie ? Mon Dieu, je ne me souviens de rien. Je dors mal : le lit est dur et les cris n’arrêtent pas de la nuit sans que je puisse rien faire. J’ai déjà essayé de faire du bruit pour attirer l’attention mais en vain. Je ne sais pas si je suis seul ici mais en tout cas, personne n’est venu. Ah ! et puis ces murs capitonnés blancs me fatiguent et m’énervent sans que je sache pourquoi !

 

Ah ! mais qu’est-ce que c’est que cette surface rugueuse ? Où suis-je ? Je mets toujours un peu de temps à me réveiller complètement, alors attendons. Je ne me souviens de rien. J’ai encore dû trop boire cette nuit ! Il faut que je fasse attention sinon ma femme va finir par me quitter. D'ailleurs, je crois me souvenir de l’avoir vu la nuit dernière, elle était étrangement calme. Je m’en rends compte maintenant que j’ai l’esprit clair. Elle donnait l’impression d’avoir pris une grande décision. Mon Dieu fait qu’elle ne me quitte pas !

Bon alors, où est-ce que je peux allumer la lumière… merde, je ne peux pas bouger, qu’est-ce qui m’arrive ?

On dirait du bois. Et c’est humide ici, je sens de l’eau couler sur mon corps. Mais qu’est-ce qui se passe ! il y a des insectes aussi, j’en ai partout sur le corps ! Où est-ce qu’on m’a mis ! Au secours ! À l’aide, venez m’aider, par pitié ! Ils sont en train de me bouffer ces putains d’insectes !

Mais, c’est dans une caisse en bois que je suis !… On m’a enterré vivant !

 

Gros tas ! Limace, connard, on va te tuer ! Ne m’approche pas de moi t’es trop moche !

Il en entendait tous les jours des insultes et des menaces comme ça. Il rentrait chez lui le soir et se mettait à pleurer. Il avait la haine, il avait peur de tous ces gens qui l’insultaient parce qu’il était différent, parce qu’il n’était pas aussi “bien” qu’eux. Il avait la haine contre les gens qui l’insultaient sans savoir le mal qu’ils faisaient, sans savoir que ça le détruisait. Sans savoir que ça lui donnait des envies de meurtre. Sans savoir qu’il avait déjà essayé de se suicider. Sans savoir comme il souffrait.

Aujourd’hui encore des adolescents viennent vers lui alors qu’il rentre du lycée. Ils sont 5. Il se met à courir pour leur échapper mais ils étaient préparés et se mettent à sa poursuite.

Ils le jettent par terre dès qu’ils l’ont rattrapé et commence à le frapper. Il ne peut rien faire et cherche juste à se protéger la tête avec les bras. Ils ont bientôt fini et le laissent là, en sang incapable de se relever paralysé par la peur et la douleur. En tournant la tête il voit une autre personne de son âge venir vers lui.

Le nouveau venu lui tend la main et l’aide à se relever.

   

Ce n’est pas de ma faute si je ne suis pas courageux. Ce n’est pas de ma faute si je n’est rien pu faire. Pitié croyez-moi où je vais me tuer. Si j’avais pu j’aurais fait quelque chose, mais je suis trop faible, trop peureux et chacun doit s’occuper de sa vie. Pourquoi devrais-je mourir pour un autre ? Je me dis ça et pourtant je me dis aussi que j’aurais dû faire quelque chose, que j’aurais dû réagir, que j’aurais dû être fort !Mais comment aurais-je pu deviner qu’un truc pareil pouvait arriver ! C’est impensable. Et pourtant.

Maintenant je regrette et quand j’y repense j’ai l’estomac qui se serre et les larmes qui me viennent . On me dit que ce n’est pas ma faute, que je n’aurais rien pu faire sans risquer ma vie moi aussi. Mais c’est faux, j’aurais eu le temps mais c’est la peur qui ma paralysée. La peur qui m’a empêché de le sortir de la voiture en feu avant qu’elle n’explose. Avant qu’il ne se réveille et qu’il ne se mette à crier en me regardant les yeux en larmes et qu’il brûle avec la voiture.

  

Depuis le temps qu’il voulait sentir ce que ça faisait ! Enfin ! il éprouve cette sensation. Cette sensation de force, de toute puissance. Évidemment, il y en aura toujours pour dire que c’est mal mais il y en a toujours alors il ne faut pas s’en occuper.

Comme c’est enivrant ! Il sent qu’il devra bientôt recommencer parce qu’il ressent déjà une sensation de manque. Une sensation qui lui fait perdre le contrôle de lui même. Il est encore en pleine euphorie mais se dit tout de même qu’il ne devrait pas rester ici, allongé par terre. Mais il sent encore l’excitation de son sang dans ses veines. Qu’est-ce qu’il se sent bien ! Il se demande comment il va tenir jusqu'à la prochaine fois, et surtout quand est-ce qu’il pourra recommencer. Il se dit qu’il pourra le faire toutes les nuits s’il le veut, que personne ne pourra l’en empêcher de toute façon. Il est fort maintenant. Il exulte : c’est lui qui à la force maintenant, il lui a pris et en prendra encore chez les autres. Mais allons, il ne faut pas rester ici ; pas ici, pas près du corps.  

   

Cette drogue est la plus puissante qu’il n’ait jamais absorbée. Elle vous rentre dans les veines, vous foudroie le cerveau, court-circuite vos sens. Elle vous annihile complètement, détruit votre personnalité, du moins jusqu'à ce que vous émergiez et que vous repreniez doucement conscience de la réalité. Comme c’est en train de lui arriver. Il est en train de jouer au foot avec son compagnon, et cherche sa copine des yeux mais ne la trouve pas. Elle doit être en train de vomir quelque part, il ressent lui même un malaise.

Son compagnon lui fait une passe qu’il renvoie avec le plus de force possible. Mais qu’il est dur ce ballon et il n’a pas l’air complètement rond. Il récupère la balle et veut aller marquer un but mais rate son tir et il y a poteau. Puis d’un coup il se sent fatigué et décide de partir à la recherche de sa copine. Il part donc chancelant vers les buissons entourant le terrain se disant qu’elle pourrait être derrière.

Ah ! enfin il voit ses pieds. Il s’approche et voit que quelque chose ne va pas. Il y a un problème mais il n’arrive pas à voir ce qui cloche. Il l’appelle doucement quand tout d’un coup entendant des cris venant du terrain il se retourne et voit son compagnon la balle dans les mains en train de crier. Tout en continuant d‘émerger il baisse les yeux vers la fille puis regarde sans comprendre ses mains ensanglantées.     

  

Elle attendait ce moment depuis le début de la journée quand sa mère lui avait fait la promesse. Elle n’avait pas souvent eu quelque chose de neuf, de nouveau. Depuis la mort de son mari, sa mère avait dû subvenir à leurs besoins toute seule. Chose peu aisée puisqu’elle ne travaillait qu’à temps partiel. De plus, sa fille qui venait d’avoir quatre ans nécessitait de nombreux soins. Heureusement qu’elle était adorable. Elle acceptait leur sort sans se poser de questions et avait compris qu’elle ne pouvait pas avoir les jouets qu’elle voulait même si sa mère faisait des efforts pour lui en offrir le plus souvent possible. Bien qu’ils ne soient pas toujours neufs ou en parfait état.

Mais aujourd’hui c’est différent, elle vient d’avoir quatre ans et quand sa mère lui a demandé ce qu’elle voulait elle a répondu un ballon. Pas une balle mais juste un ballon que l’on tient accroché au bout d’une ficelle. Elles arrivent justement devant le marchand. Il lui donne un ballon jaune qu’elle agrippe furieusement pour ne pas qu’il s’envole.

Elle attend maintenant sa mère qui est entrée dans une boutique. Elle voit une bande de jeunes s’approcher d’elle et la regarder en souriant. Le plus grand de la bande approche et ce penche vers elle toujours souriant. Et tout d’un coup il fait exploser le ballon avec une pointe. Puis il continua son chemin, un grand sourire accroché aux lèvres.

  

Il en avait besoin, il le sentait dans ses veines dans son corps. Il devait fumer mais n’avait pu de quoi acheter des cigarettes. Il ne gagnait, avec sa femme, que de quoi survivre. En plus ils devaient s’occuper de leur fille de 4 ans, ce qui n’était pas toujours facile puisqu’ils acceptaient en général n’importe quel travail, aussi bien la nuit que le jour. Et maintenant il n’avait plus d’argent pour ses cigarettes et il commençait à sentir le manque grandir en lui. Il fallait qu’il trouve une solution. Et d’un coup il se souvient de l’argent qu’elle mettait de côté tous les ans, il devait maintenant y avoir assez pour s’acheter des cigarettes pour le mois au moins. Comme sa femme n’était pas là, il alla dans leur chambre pour prendre la boîte si précieuse.

Il s’arrêta soudain en mettant la main dessus, il ressentait un malaise, il avait mauvaise conscience. Et pour se rassurer il se dit que c’était pour la bonne cause, que sans ses cigarettes il était stressé et risquait de devenir violent. Pour la bonne cause donc. Et il prit l’argent rassuré.

Le soir en rentrant, sa femme trouvera vide la boîte où elle économisait pour l’anniversaire de leur fille.

  

Mon Dieu, par pitié pardonnez-moi, je Vous en conjure, c’était bien malgré moi ! Je n’ai jamais voulu tout ça, tout ce sang… Je n’étais pas moi-même , je ne me contrôlais plus… Sans espoir, sans sorties… Mais le principal c’est que je m’en rende compte, que je regrette, non ? Que je m’excuse… On m’a dit que j’étais malade, mais justement cette maladie me forçait à ne pas écouter, à ne pas faire attention. Et surtout à ne rien faire pour arrêter. Mais c’est de leur faute aussi : pourquoi m’on t’ils laissé faire ? Pourquoi n’ont t’ils rien fait, pourquoi m’on t’ils laissé devenir ce que je suis ? Et quelles idées stupides j’ai eues ! Je le vois aujourd’hui, maintenant que je suis au bord de la folie – de la mort. Et comme c’était plaisant pourtant ! Comme c’était agréable de commander, d’être le chef ! Et pourtant c’était monstrueux. Je me rends compte aussi que des excuses sont inutiles d’abord parce que personne ne va croire qu’elles sont sincères maintenant et puis parce que les excuses n’ont jamais rien réparées. Tout ça à cause de ce besoin de contrôler, cette mégalomanie qui grandissait en moi au fur et à mesure. Mais c’est ma faute aussi, ma faute si je suis faible, ma faute si je n’ai pas réagis. Et à la fin j’avais perdu le contrôle.

Mon nom ? Adolf, Adolf Hitler.   

  

1 : Au secours ! Pitié, je vous en supplie. Je suis là sous les décombres ! Dieu venez m’aidez s’il vous plaît !

Dieu : Je suis là. Que me veux-tu ?

1 : Ne pouvez-vous pas me sauver ? je suis ici depuis trois jours et personne ne vient, je vais sûrement mourir dans quelques heures.

Dieu : Non, désolé, mais je n’en ai pas le pouvoir. Seul un homme peut sauver un homme.

1 : Mais ne pourriez-vous pas aller les prévenir ?

Dieu :  Peut-être mais je crains qu’ils ne m’écoutent pas.

1 :  Mais enfin, vous êtes Dieu !

Dieu : Oui mais certaines choses sont plus fortes que moi dans les esprits humains, tu devrais le savoir.

1 : Mais qu'est-ce qu’ils sont donc en train de faire ?

Dieu : Tu me demandes ce qu’ils font ? Mais enfin, n’est-ce pas évident ? Ils sont en train de faire la minute de silence en l’honneur de ceux qui ont péri dans le tremblement de terre.

1 : Péris ? Mais je ne suis pas encore mort et je ne suis sûrement pas le seul !

Dieu : Oui, je peux te confirmer que tu n’es pas le seul.

  

Il adorait les blagues depuis sa toute petite enfance. À la maternelle il était toujours le premier à faire des farces pour faire rigoler ses camarades. Arrivé au collège il était au centre de l’attention de tout le monde, il était drôle et avec lui on se s’ennuyait jamais. Mais certaines de ses blagues ne faisait pas rire tout le monde, on l’avait prévenu plusieurs fois déjà mais il n’en ait qu’a sa tête. Il entra ensuite au lycée et ne changea en rien ses habitudes : dès que quelque chose était fait pour faire rire ou pour se moquer, même si c’était de mauvais goût on pouvait être sûr qu’il en était.

Et puis il rencontra une fille et pour la première fois il tomba amoureux. Il alla lui parler et réussit à la séduire. Ils sont encore ensemble aujourd’hui et s’apprêtent à se marier. Il a prévu pour cette occasion une blague spéciale : il veut lui faire peur avant de la rassurer et de la réconforter. Il portait un masque horrible, d’un réalisme effrayant. Il attendit donc que sa future femme se retrouve seul quelque part pour faire son entrée affublé de son masque. Quand ce moment arriva il ouvrit la porte avec une violence calculée et un cri dément. Il courrait partout dans la chambre se laissant emporter par l’enthousiasme. Puis se retournant il la vit couché par terre. Il se précipita dessus pour la faire se relever, en vain.

Son suivi médical lui apprendra qu’elle était cardiaque. Elle ne lui en avait jamais parlé.

  

Il le méritait, elle en était sûre. Et après tout c’était son droit et même son devoir. C’était son rôle de mère que de punir son enfant quand il le fallait. Une bonne éducation est la meilleure des choses que l’on puisse donner à son enfant. Quand ils font une bêtise on les punit c’est comme ça. Il faut leur apprendre le respect sinon on n’en sort pas. Toutes les bêtises doivent être punies de la même manière en guise d’exemple. Sinon il recommencera encore et encore. Il faut commencer tôt aussi parce qu’à partir d’un certain âge il est trop tard. Elle avait donc eu raison mais même en se persuadant d’avoir bien agi elle n’en ressentait pas moins un certain malaise. Elle n’arrivait pas à le comprendre ce malaise : il lui semblait déplacé, elle ne comprenait pas d’où il venait puisqu’elle était persuadée d’avoir raison. L’idée d’avoir eu tort ne la préoccupa que quelques minutes puis elle décida d’aller se coucher en espérant qu’il arrête de crier.

Après tout, ses ongles repousseront et il ne volera plus de gâteaux.  

  

Après tout il ne doit pas être trop mal là où il est, puisqu’il ne se plaint pas. C’est confortable, il a de la compagnie et s’occupe toute la journée avec des gens comme lui. On n’avait pas le choix, il était devenu encombrant, inutile. Et il s’ennuyait aussi, tout le temps avec des gamins dans les pattes, jamais il ne pouvait être tranquille ; à son age on préfère dormir et être au calme. Il est sûrement content d’en être débarrassé ; moi je ne les aurais pas supportés aussi longtemps. Et même si des fois ils lui manquent, on va le voir une fois par mois. Il ne parle plus beaucoup d’ailleurs depuis qu’on l’a mit là dedans ; à son age on préfère méditer. À mon avis, la solitude ne le gêne pas, et il n’a jamais demandé à revenir. Moi j’aimerais bien être à sa place : pouvoir faire ce qu’on veut pendant la journée, pas de soucis, pas de responsabilités, pas de stress. Et puis il n’en a plus pour très longtemps, alors autant qu’il en profite - grâce à nous. 

Quand même, ça ne doit pas être si terrible la maison de retraite, et ils voient ses petits-enfants tous les mois, il est nourri, logé, il s’occupe ; il n’a vraiment aucune raison de se plaindre.   

  

Aujourd’hui c’est son anniversaire. Sa mère lui a promis une surprise et elle est impatiente. Depuis qu’elle est toute petite son cadeau d’anniversaire s’est résumé à un câlin à sa mère. Son père lui, l’oubliait depuis le premier, 7 ans auparavant. Il ne lui avait jamais souhaité. Il ne lui parlait pas beaucoup d’ailleurs. Mais elle s’en fichait puisqu’elle se savait aimée par sa mère, c’était le plus important, avoir une personne sur qui se reposer quand quelque chose n’allait pas. Le reste lui importait peu. Ils n’avaient pas beaucoup d’argent et elle le savait, mais comment ne pas désirer autre chose qu’un câlin ? Mais elle savait que demander à sa mère de lui acheter quelque chose serait lui faire du mal. Elle se sentirait gênée de ne pas pouvoir acheter un cadeau à sa fille. Et pas question de demander à son père. Alors quand sa mère lui a annoncé qu’elle allait lui faire une surprise elle en a pleuré de joie.

Ça y est, sa mère lui dit de venir. Elle ferme les yeux et tend les mains. Elle sent un morceau de tissu lui chatouiller les mains. Elle rouvre les yeux et voir le plus beau bonnet qu’elle ait jamais vu. Sa mère l’avait tricoté pendant des semaines. Elle le met vite et après avoir embrassée sa mère elle court dans la maison avec. Elle est en pleine euphorie. Mais tout d’un coup elle est arrêtée dans son élan, son père lui prend le bonnet de la tête et sans faire attention à ses cris il le déchire devant la mère de la gamine.

 

Elle le détestait plus que tout au monde. Il n’avait jamais fait attention à elle, et depuis que sa mère était partie c’est sur elle qu’il tapait quand il avait bu. Il buvait souvent. Elle passait le moins de temps possible chez elle, préférant marcher seule dans la rue jusqu'à ce qu’il fasse complètement nuit et qu’elle soit sûre de pouvoir rentrer chez elle sans avoir à éviter son père. Il travaillait la nuit et buvait le jour. Elle commençait à avoir des envies de meurtre et de fugue. Surtout depuis qu’elle avait trouvé un pistolet dans un tiroir de la chambre à son père, au milieu de déchets de repas et de bouteilles cassées. Il était chargé et elle avait tiré quelques coups pour s’entraîner sachant que son père ne verrait jamais qu’il lui manquait des balles.

Aujourd’hui c’est son anniversaire, elle va avoir 12 ans et elle a décidé de passer à l’action ce matin, quand il rentrerait de son travail. Elle s’est installée dans un fauteuil, dos à la porte.

Il met du temps à rentrer et elle commence à s’impatienter. Elle avait décidé de lui dire tout ce qu’elle avait sur le cœur avant de tirer, pour le faire culpabiliser, lui dire tout ce qu’elle a du supporter jusque-là mais son retard lui a fait changer d’avis : elle va le tuer en silence, juste en le regardant dans les yeux.

Il arrive justement, elle se prépare et serre le pistolet contre son cœur. Puis se lève d’un coup et tire. Elle a juste le temps de voir des larmes dans les yeux de son père alors qu’il meurt et laisse tomber devant lui un paquet où est écrit : “Joyeux anniversaire ma chérie”.   

 

  

 

Le bonheur est éphémère, la peur est quotidienne. L’amour est journalier, la haine éternelle. Le courage est rare, la fuite continuelle. La vie est courte, la mort immuable.

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"Puppet" par Lily Articles Le 20/09/2007
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